Nous avons lu ou plutôt assisté à la conférence de C. Blaya «Inégalités et décrochage, le climat scolaire : un médiateur?»

lors du 5e colloque international sur les inégalités scolaires «Construire un avenir pour chaque élève» – 24 et 25 avril 2019, Haute École pédagogique du canton de Vaud, Lausanne.

Dans cette conférence, Catherine Blaya s'interroge sur l'influence que peut jouer le climat scolaire dans la lutte contre les inégalités scolaires et plus particulièrement pour prévenir le décrochage scolaire. Ce dernier est en effet « devenu une priorité de l'action publique tant en raison des implications scolaires, économiques et sociales qu'en raison de la marginalisation et de la non-diplomation des jeunes concernés » (Blaya, 2010).

Entre décrochage et réussite scolaire : quels facteurs?

En partant de quelques idées reçues concernant le décrochage scolaire (par exemple que l'école n'est pas faite pour certain-e-s élèves, qu'il s'agit de mauvaise volonté de la part de certain-e-s élèves pas faits pour les études ou encore que les décrocheur/euse-s existent car il y a toujours des enseignant-e-s qui ne maitrisent pas assez leur discipline), elle reprend la définition de Delcourt (1999) qui présente le décrochage scolaire en tant que conjonction de facteurs multiples : un processus progressif de désintérêt pour l'école, fruit d'une accumulation de facteurs internes et externes au système scolaire.

Ensuite, la conférencière introduit le climat scolaire en présentant ses multiples facettes : il comprend notamment le climat de classe, la perception générale de l'école (c'est-à-dire le climat de l'établissement), les relations interpersonnelles, l'état des bâtiments, la qualité-sécurité du quartier, le sentiment de sécurité, le sentiment de justice, la perception de la qualité des apprentissages ainsi que les problèmes de violence et de harcèlement.

C’est en s’intéressant aux facteurs de réussite scolaire que plusieurs auteurs ont mis en évidence l’importance du climat scolaire. Plus particulièrement, l’étude PISA 2009 introduit la notion de climat scolaire comme élément de l'environnement et de la réussite d’apprentissage. Notamment, quand les élèves déclarent peu de problèmes de discipline dans la classe, leurs résultats sont meilleurs aux évaluations PISA que ceux d'élèves qui ont une perception négative. De plus, les pays pour qui les problèmes de discipline dans la classe ont diminué entre 2000 et 2009 sont ceux où les élèves ont une meilleure perception de la qualité de leurs relations avec les enseignants.

En 2011, dans une recherche menée en France et au Québec, Blaya et Fortin présentent cinq facteurs à caractère scolaire qui influencent le décrochage scolaire. Leur étude met en évidence le fait que le climat scolaire constitue le facteur qui explique la part plus grande de la variance (11.1%). Il est suivi par le sentiment d'un faible soutien de la part des enseignant-e-s (6.1% de la variance) le faible investissement de la part des élèves (5.4% de la variance), la perception d'une faible capacité d'innovation des enseignant-e-s pour s'adapter aux besoins différents des élèves (4.5% de la variance), le manque de clarté dans les règles scolaires, c'est-à-dire un manque de cohésion et de cohérence du personnel scolaire (4.2% de la variance).

L'impact d'un bon climat scolaire

Différents constats relevés dans la littérature montrent également l'intérêt d'associer le climat scolaire à la problématique du décrochage scolaire. En voici quelques exemples :

  • Un bon climat scolaire améliore les résultats scolaires indépendamment des facteurs socio-économiques initiaux, avec une influence significative sur les capacités d'apprendre et d'augmenter les compétences scolaires.
  • Les élèves sont plus engagé-e-s dans leur scolarité lorsqu'ils/elles se sentent valorisé-e-s, qu'ils/elles s'investissent dans la politique de l'école et que leurs professeur-e-s se sentent fortement connecté-e-s à la communauté scolaire.
  • Le décrochage scolaire peut être dû à une mauvaise relation avec l'école ou à une expérience négative à l'école.
  • Climat scolaire et violence sont corrélés et les comportements sont modelés par l'environnement.
  • Dans des contextes scolaires qui promeuvent le bien-être et la réussite, on trouve des écoles et des classes dans lesquelles tous les élèves sont accepté-e-s et libres de toute forme de violence/harcèlement, exclusion et discrimination.
  • Le fait de se sentir en sécurité à l'école est positivement et significativement corrélé avec la qualité d'entretien des établissements et avec la bonne entente entre enseignant-e-s et élèves.
  • La bonne entente avec les enseignant-e-s est positivement et significativement corrélée avec la perception qu'ont les élèves d'une préoccupation réelle des enseignant-e-s vis-à-vis de leur bien-être et de l'entente entre pairs.

Les facteurs d'un bon climat scolaire

Il résulte de ces constats qu'en améliorant le climat scolaire on peut avoir un impact sur la réussite scolaire et faire ainsi baisser le risque de décrochage scolaire. Pour cela, différent-e-s chercheur-e-s ont mis en évidence cinq facteurs stratégiques sur lesquels il faut travailler pour avoir un climat scolaire positif :

  • la qualité de vie,
  • le travail en équipe,
  • l'anticipation des besoins et des difficultés,
  • le souci de justice et
  • le soutien de la direction.

La conférencière conclut sa présentation en rappelant que le décrochage scolaire est de la responsabilité de toutes et tous et qu'un système scolaire est plus juste quand il se préoccupe du sort des élèves plus faibles. Pour cette raison, elle met en avant l'importance de l'identification des signes annonciateurs des difficultés et d'un climat scolaire favorisant les apprentissages. Pour cela, il faut une dialectique constante entre une approche individualisée et une approche systémique. Pour augmenter l'efficacité et la motivation, il est en outre indispensable d'évaluer les interventions menées afin d'apporter des éventuelles améliorations. Enfin, promouvoir la réussite pour tous et toutes c'est renforcer la confiance dans l'école.

Franca Armi

Collaboratrice scientifique IRDP

 

Catherine Blaya est professeure à la Haute École pédagogique du canton de Vaud et responsable (avec Benjamin Denecheau) du Laboratoire Accrochage Scolaire et Alliances Éducatives (LASALÉ).

Blaya, C. (2010). Décrochages scolaires : L'école en difficulté (Pédagogies en développement). Bruxelles: De Boeck.

Blaya, C., Fortin, L. (2011). Les élèves français et québécois à risque de décrochage scolaire : comparaison entre les facteurs de risque personnels, familiaux et scolaires. L'orientation scolaire et professionnelle, 40(1).

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