Enseigner, éduquer, accompagner : la bienveillance suffit-elle?

7 mars 2019, Rencontre avec Mireille Cifali, UniMail, Genève

La bienveillance est souvent associée aux métiers de la relation et de la formation : enseigner, éduquer, accompagner. Est-ce une vertu ? Une qualité acquise une fois pour toute ? Un fondement nécessaire pour accomplir notre métier ? Si on peut tenir la bienveillance, la compassion, la sollicitude comme précieuses, il est intéressant de considérer quand et où elles peuvent venir à disparaître.

Une scène est emblématique, que nous retrouvons dans tous les métiers de la relation. Là où un élève, par exemple, est dans une relation d’agressivité, de rejet, de mépris vis-à-vis d’un professionnel bienveillant. Confrontation entre celui qui veut aider et celui qui refuse, fuit, reste hors de portée. Où lorsqu’on est pris dans une contradiction entre un « soi » bienveillant, et une institution qui ne l’est pas ou qui est ressentie comme ne l’étant pas, donc plutôt menaçante qu’accueillante.

La bienveillance est ainsi nécessaire mais peut-être pas suffisante pour accompagner autrui dans ses apprentissages. Ce mot d’accompagnement revient aujourd’hui souvent pour désigner certaines pratiques professionnelles. Peut-être pas toujours à bon escient. Quand un mot devient là encore à la mode, il est important de s’y arrêter. Accompagner n’est pas prendre en charge ni instruire. Alors qu’est-ce qui le différencie, le spécifie ? À quelles conditions peut-on l’utiliser ? Quelles sont ses exigences ? Ses limites ? Par exemple peut-on accompagner et évaluer tout à la fois ? Si oui, à nouveau, avec quelles précautions ? On peut rêver d’accompagner sans contraindre, mais cela réclame parfois d’autres gestes. Nous allons devoir associer bienveillance à exigence, à patience, à accueil, à hospitalité, à considération, ce qui demande un constant travail pour s’y repérer.

https://www.unige.ch/fapse/life/files/7215/4710/7305/ev-2019-bienveillance.pdf 

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