Nous avons... ... assisté au colloque "Enseigner et apprendre à distance : vers une mutation de la forme scolaire?"

Colloque en ligne, 17 novembre 2020, Institut français de l'éducation (IFÉ), Lyon.

Parmi les conférences et échanges de cette journée, consacrée aux résultats de plusieurs enquêtes et études françaises sur la période d'enseignement à distance du printemps 2020, dont celle de l'IFÉ, je me contenterai de relever deux points qui m’ont paru à la fois constituer des éléments de réponse  à la question posée par le titre du colloque (« … vers une mutation de la forme scolaire ? ») et trouver écho dans le contexte suisse et les études qui y sont menées.

L’effet loupe

Le confinement et la mise en place dans l'urgence de l'école à distance ont pris tout le monde par surprise, empêchant tous les acteurs et actrices du monde scolaire d'anticiper et de se préparer. Cette situation inédite a, par contre, imposé de prendre du recul sur certains aspects du quotidien scolaire, devenus essentiels du jour au lendemain soit parce qu’ils ont disparu, soit parce qu’ils ont pris un rôle central dans l’enseignement à distance. C’est ce que certain·es intervenant·es ont appelé l’effet loupe.

C'est le cas de la consigne par exemple : rien de nouveau puisque tous·tes les enseignant·es ont étudié le sujet pendant leur formation et y accordent une attention plus ou moins prononcée dans leur pratique quotidienne en classe. Plutôt «moins» d’ailleurs, selon certain·es intervenant·es du colloque, comme si la consigne était une composante de l’enseignement qu’on se contente de pratiquer comme on l’a toujours fait – notamment parce qu’on peut compenser en classe – alors qu'on sait à quel point elle est cruciale.

Or compenser en classe devient beaucoup plus compliqué lorsqu'on est à distance, derrière un écran pour le travail synchrone, ou même absent pour le travail asynchrone lorsque que les élèves doivent pouvoir travailler de manière autonome. Une consigne insuffisamment étayée,  insuffisamment explicitée, peut alors simplement empêcher les élèves de réaliser une activité et, donc, d'apprendre. Plusieurs intervenant·es ont observé, pendant la période d'école à distance, l'attention accrue portée par de nombreux·ses enseignant·es à la rédaction des consignes pour permettre à leurs élèves de réaliser les activités de manière autonome. Cet effet loupe a également été relevé pour d'autres aspects de l'enseignement tels que  l’anticipation des difficultés des élèves ou l’explicitation, ainsi que pour les caractéristiques de la forme scolaire traditionnelle.

Même si c'est l'enseignement à distance qui a permis ou imposé ce regard critique sur différentes pratiques scolaires, c'est aussi, et peut-être surtout en classe qu'il sera bénéfique: bien anticiper les difficultés des élèves et bien formuler les consignes sont des leviers importants pour permettre les apprentissages.

 

(Trans)Formation(s)

Pendant la période d’enseignement à distance, le corps enseignant a dû s'initier à de nouvelles pratiques pour lesquelles il n’était pas formé et a dû faire preuve de créativité. Une partie des enseignant·es l’a fait uniquement par nécessité, une autre l’a aussi perçu comme une occasion de tester, d’imaginer de nouvelles activités et méthodes, une autre encore de mettre à profit des savoirs et de compétences peu exploitées jusque-là.

Cette expérience de quelques semaines a-t-elle valeur de véritable formation pour autant ? Plusieurs intervenant-es ont montré que ce n'était pas le cas, notamment en raison de l'urgence de la situation.

D'une part, ni la sidération vécue au moment du passage à l’enseignement à distance ni la période instable qui lui a succédé n’ont permis de trouver de nouveaux repères et de stabiliser des pratiques. Si certain·es enseignant·es ont pu en tirer un enrichissement, cela pourrait être contreproductif pour ceux et celles qui se sont trouvé·es particulièrement en difficulté et qui pourraient chercher à revenir à ce qu’ils connaissent. On parle de mouvement régressif ou de conservatisme.

Les temps de crise sont peu propices à l’évolution professionnelle des enseignant·es ; pour évoluer, pour se transformer, ils et elles ont besoin de retrouver une forme de stabilité et de sécurité.

D'autre part, même si de nombreux enseignant·es ont fait preuve de beaucoup de créativité pour mettre en place ou même inventer des solutions leur permettant d’enseigner à distance, on ne peut pas considérer cela véritablement comme de la formation. Cela relève plutôt, comme plusieurs intervenant·es l'ont relevé, de l'adaptation, en ce que l’adaptation suppose de temporaire, bricolé, peu ou pas documenté…

Pour retirer des bénéfices de cette période d’enseignement à distance, un processus plus long et plus construit, qui passe, notamment, par l’analyse et la sélection de ce qui apporte une plus-value à l’enseignement, l’institutionnalisation de ces expériences et, bien sûr, la formation, doit avoir lieu.

 

La question de la formation a largement été discutée, comme celle de la forme scolaire ou l'impact de la situation de confinement et d'école à distance sur la recherche en éducation notamment. Celles et ceux qui souhaitent en savoir plus peuvent se reporter à l'espace web dédiée au colloque pour lire les études et autres publications citées et écouter les podcasts des conférences et ateliers (bientôt disponibles sur la web radio Kadekol).

 

Anne Bourgoz
Journaliste scientifique IRDP

11.02.21 

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