Quelle école à l'avenir?
Simone Forster, IRDP
L'école est née à
la fin du XIXe siècle dans la mouvance de la société
industrielle. Nous vivons aujourd'hui une nouvelle révolution
technologique qui porte en germe un autre système éducatif.
Quels en seront les contours? Difficile à dire mais les experts
cogitent.
L'école obligatoire s'est développée
en Suisse, dès 1877, lorsque fut votée la loi sur l'interdiction
du travail des enfants dans les fabriques. En dépit des gesticulations
des industriels qui agitaient le spectre de la perte de compétitivité
sur les marchés, le peuple suisse estima qu'il était temps
d'instruire tous ses enfants.
L'école de la nouvelle société
industrielle fut calquée sur le monde de l'usine : horaires,
sonneries, découpages des apprentissages en unités toujours
plus fines, notes. La vie scolaire et les parcours éducatifs
s'inspiraient du taylorisme soit de la division du travail. La société
industrielle avait besoin de travailleurs ponctuels oeuvrant de concert
sur une chaîne. Le système éducatif de masse a donc
promu des valeurs comme la ponctualité et l'obéissance.
Aujourd'hui, s'il veut rester dans la course, un pays doit innover.
Pour cela, il a besoin de citoyens qui réfléchissent,
qui s'expriment (...) Le système éducatif doit donc apprendre
à traiter les gens de façon personnalisée (Toffler
1998).
L'école s'achemine sur cette voie à
petits pas. Elle n'a d'ailleurs guère d'alternative car les enfants
se font plus rares, en Suisse, comme dans les autres pays industrialisés.
Il nous faut changer nos manières de faire afin de cesser d'expédier
nombre d'élèves vers les voies de garage de l'échec
scolaire. La chute continuelle de la natalité et le vieillissement
de la population ne vont plus nous permettre ce gaspillage.
Une société sans école?
La société de demain, qu'on dit d'information,
implique une autre école, un autre système éducatif
ou même... plus d'école du tout. L'école obligatoire
date de la fin du XIXe siècle. C'est dire sa jeunesse. Jusqu'alors
les sociétés transmettaient les savoirs qu'elles jugeaient
indispensables par d'autres voies. Rien ne prouve donc que l'école
soit la seule manière de faire apprendre. D'aucuns voient dans
les crises qu'elle traverse les signes annonciateurs de sa disparition.
Une chose est sûre; elle fit son travail. En dépit de ses
imperfections, elle parvint à alphabétiser les enfants
de parents souvent illettrés et à amener 90% des jeunes
des années 1990 à un diplôme du secondaire II.
Certains experts pensent que l'école de
demain se fera à distance. Cette solution, pratiquée
en Australie pour les enfants des fermes isolées, séduit
de plus en plus les parents ainsi que le révèle une enquête
en Angleterre. Les TIC permettent de s'instruire à domicile,
loin des tumultes et violences des collèges, et de développer
des compétences, des aptitudes au travail en réseau, essentielles
dans un monde du travail qui tend à devenir souple et indépendant.
Autant de capacités très difficiles à développer
dans les classes...
Une école qui n'est jamais fermée
Un autre scénario envisagé par le
comité de l'éducation de niveau ministériel de
l'OCDE : une école unique, modulaire, moins sélective
et fondée sur le concept de l'apprentissage à vie. Elle
sera la même pour tous les enfants et l'évaluation, au
terme de divers modules, adaptée à un socle de connaissances
indispensables et à des objectifs personnels. Fini le temps des
classes par année d'âge, des collèges fermés
pendant les vacances et les week-end. Les écoles de demain, ou
centres communautaires d'apprentissage seront ouvertes en permanence
et accueilleront enfants, jeunes et adultes. On y trouvera des bureaux
de conseil pour la formation, de vastes classes avec des postes de travail
reliés à des banques de données et des réseaux
extérieurs. Enseignantes et enseignants seront guides de l'information,
gestionnaires des apprentissages. Ce système d'une grande souplesse
permettra aussi une autre gestion du temps et des vacances. Bien sûr,
ce scénario est pure spéculation et la formule d'Euripide
garde toute sa fraîcheur : l'attendu ne s'accomplit pas, et
à l'inattendu un dieu ouvre la voie.