5) Mes deux mamans ; mes deux papas
Les familles homoparentales
La France adopte le PACS (Pacte civil de solidarité) et
refuse la procréation assistée et l'adoption d'enfants
dans les familles homoparentales. Une pratique qui se développe
dans certains Etats des Etats-Unis et d'Australie, où des enfants
grandissent avec deux mamans et deux papas.
Le développement des techniques de procréation artificielle
bouleverse les questions de filiation: qui est le père? Le géniteur
ou bien celui qui élève l'enfant? Et dans le cas des mères
porteuses, qui est la mère, celle qui élève l'enfant
ou celle qui l'a mis au monde? Tout cela devient d'une complication
extrême et le droit ne suit pas. A Los Angeles, des agences commerciales
ont senti venir le vent. Elles proposent des mères porteuses
aux couples homosexuels. Bien sûr, c'est très cher et très
surveillé, mais n'empêche. Une femme est payée pour
porter l'enfant d'un couple gay, après insémination artificielle
du sperme d'un des conjoints. En vertu du contrat passé avec
l'agence, elle renonce à ce que son nom soit mentionné
sur le certificat de naissance et signe une reconnaissance d'abandon.
En fait, pour dire les choses par leur nom, c'est du trafic d'enfants,
ni plus ni moins.
Mes deux mamans et mon papa, donneur de sperme
La lecture de la presse internationale réserve des surprises.
Ainsi, dans l'Independant de juin 1999, Jane Henriques raconte
sa visite de la ville de Northampton (Massachusetts) réputée
pour sa politique d'intégration des familles homoparentales.
Ce sont en grande majorité des couples de lesbiennes avec enfants.
Tout se passe plutôt bien et ces familles sont finalement comme
les autres: une maison, un crédit immobilier, un camping-car,
un chien. Bien sûr, elles jouissent d'un excellent niveau d'éducation
et elles ont de l'argent...
L'imagination est au pouvoir et on trouve mille manières de
créer une famille. Parfois, chaque partenaire met au monde un
enfant du même donneur, demeuré anonyme. Ce sont donc demi-frères
ou des demi-soeurs. Autre possibilité: chaque femme met au monde
un enfant d'un donneur différent et les enfants gardent le contact
avec leur père. Ou encore: une femme demande le sperme du mari
d'une de ses grandes amies hétéro. Une petite Zoé
vint au monde. Depuis cet heureux événement, les deux
familles se voient souvent et Zoé joue avec le fils de son père.
Autre modèle: un couple adopte l'enfant d'une jeune femme qui
ne peut l'élever et garde le contact avec la mère biologique.
Ce sont ceux qui sont recensés, on peut encore multiplier les
combinaisons.
Que vont devenir ces enfants?
Il est trop tôt pour le savoir car les plus grands ont 10 ans
et sont à l'école primaire. D'aucuns estiment qu'il est
malsain d'être élevé par des parents du même
sexe. Oui, rétorquent ceux qui ont les idées larges mais
les parents hétérosexuels ne sont pas des modèles.
A preuve les statistiques effrayantes sur les mauvais traitements physiques,
sexuels et affectifs subis par nombre d'enfants. D'autres pensent que
les enfants de familles homosexuelles vont reproduire ce modèle
plus tard. Les études réalisées en Australie, en
Angleterre et aux Etats-Unis chez les parents gays qui ont eu leurs
enfants dans le cadre d'une relation hétérosexuelle antérieure
montrent qu'il n'y a pas de différences majeures avec les couples
hétérosexuels.
Alors quoi? On peut grandir sans problèmes avec des parents
de même sexe? Personne ne peut répondre à cette
question. Il faut attendre.
Que se passe-t-il en cas de rupture?
Les tribunaux font de leur mieux en attendant une législation.
En 1996, la Cour suprême de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie,
a ordonné à une femme de verser une pension alimentaire
à sa compagne pour l'éducation des enfants qu'elle avait
eu par insémination artificielle. Selon la loi, seule la mère
biologique comptait. Sa compagne n'avait aucun droit ni statut juridique
vis-à-vis des enfants. La Cour a jugé que le couple avait
décidé ensemble d'avoir des enfants. La compagne de la
mère des enfants avait donc à assumer ses responsabilités.
Les PACS
Les députés de l'Assemblée nationale française
ont approuvé, le 13 octobre 1999, un nouveau texte de loi : le
Pacte civil de solidarité défini comme une contrat
conclu par deux personnes physiques majeures de sexe différent
ou de même sexe pour organiser leur vie commune . Il prévoit
entre autres le droit à une imposition commune et des modalités
de succession identiques à celles des couples mariés.
Il est dit expressément que les partenaires ne peuvent adopter
conjointement ni recourir à la procréation assistée
s'ils sont de même sexe.
Des équivalents du PACS existent au Danemark, en Norvège,
en Suède, en Islande, au Groenland et aux Pays-Bas. Le Danemark
a voté, cette année, une loi qui permet aux membres d'un
couple homosexuel d'adopter les enfants de leur conjoint. En Australie,
seul l'Etat de Nouvelle-Galles reconnaît aux couples homosexuels
les mêmes droits qu'aux couples mariés.
Et en Suisse?
Le 9 janvier 1995, le comité "Les mêmes droits pour
les couples du même sexe" dépose une pétition
à l'Assemblée fédérale (85.181 signatures)
afin que celle-ci supprime toute discrimination juridique à l'égard
des couples de même sexe. Deux solutions sont proposées
: adaptation des lois et ordonnances ou suivant les exemples danois
et norvégiens, introduction d'un statut de partenariat légalement
enregistré qui produise les mêmes droits que le mariage,
à l'exception du droit de filiation et d'adoption. Les opposants
se mobilisent et déposent une pétition, le 20 décembre
1996, contre l'égalité juridique des couples homosexuels.
Le 8 juin 1998, le Conseil fédéral fait une déclaration
écrite. En résumé: il faut étudier la situation
juridique des couples de même sexe afin d'alimenter une discussion
politique sur mesures à prendre pour adapter le statut juridique
des couples homosexuels à leur situation dans la société.
La Commission des affaires juridiques du Conseil national a décidé,
en juin 1999, de soutenir l'initiative parlementaire de Jean-Michel
Gros qui prévoit l'enregistrement du partenariat par un officier
l'état civil et de reporter l'examen de celle de Ruth Genner
qui demande l'extension du mariage aux couples homosexuels. La première
initiative propose aussi une taxation commune des partenaires, le droit
à l'héritage et aux rentes des assurances sociales en
cas de décès et l'obtention d'un permis de séjour
pour le partenaire étranger. Tout est encore en chantier mais
la Suisse semble s'engager sur la voie européenne.
Simone Forster, IRDP